Bafoussam face à la malnutrition infantile : Solutions locales et innovantes contre la carence en fer chez les enfants au Cameroun
Bafoussam face à la malnutrition infantile : Solutions locales contre la carence en fer chez les enfants
La malnutrition infantile, en particulier la carence en fer, reste un défi majeur de santé publique au Cameroun. Selon l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), près de 42% des enfants camerounais de moins de 5 ans souffrent d'anémie, principalement due à une carence en fer (OMS, 2022). À Bafoussam, chef-lieu de la région de l'Ouest, les familles font face à cette problématique avec des ressources limitées, mais des solutions locales et innovantes émergent pour inverser la tendance.
Comprendre la carence en fer : Causes et conséquences
Pourquoi la carence en fer est-elle si répandue au Cameroun ?
La carence en fer est la carence nutritionnelle la plus répandue dans le monde, et le Cameroun n'est pas épargné. Plusieurs facteurs expliquent cette prévalence :
- Alimentation déséquilibrée : Les régimes alimentaires locaux, bien que riches en glucides (plantain, manioc, macabo), sont souvent pauvres en protéines animales et en aliments riches en fer. Par exemple, un repas typique à Bafoussam ou à Douala (Akwa, Bonapriso) peut se composer de fufu (manioc) et ndolè, mais manquer de sources de fer héminique (viande rouge, poisson, volaille).
- Accès limité aux soins : Dans les quartiers défavorisés comme Logpom ou Bépanda à Douala, les familles ont difficilement accès aux centres de santé pour un diagnostic précoce. Une consultation pédiatrique peut coûter entre 2 000 et 5 000 FCFA, un montant élevé pour des ménages vivant avec moins de 50 000 FCFA par mois.
- Manque de sensibilisation : Beaucoup de parents ignorent les signes de la carence en fer ou les aliments locaux riches en ce minéral. Par exemple, le folon (feuilles de courge) ou les graines de sésame, très accessibles, sont sous-exploités.
- Parasitoses intestinales : Les infections parasitaires, comme les ankylostomes, sont fréquentes dans les zones rurales et périurbaines. Elles provoquent des pertes de sang chroniques, aggravant les carences en fer. Selon l'UNICEF, 30% des enfants camerounais sont infectés par des parasites intestinaux (UNICEF, 2021).
Quels sont les signes d'une carence en fer chez l'enfant ?
La carence en fer peut avoir des conséquences graves sur le développement cognitif et physique des enfants. Voici les signes à surveiller :
- Pâleur : Une pâleur anormale de la peau, des gencives ou des conjonctives (partie interne des paupières).
- Fatigue chronique : L'enfant semble moins énergique, dort plus que d'habitude ou a du mal à se concentrer à l'école.
- Retard de croissance : L'enfant ne prend pas de poids ou ne grandit pas comme ses pairs. Selon le Ministère de la Santé du Cameroun, 29% des enfants camerounais présentent un retard de croissance (MINSANTE, 2023).
- Infections fréquentes : Le système immunitaire est affaibli, rendant l'enfant plus vulnérable aux infections (rhumes, diarrhées, etc.).
- Comportements inhabituels : L'enfant peut développer un pica (envie de manger des substances non comestibles comme la terre ou la craie).
Solutions locales pour lutter contre la carence en fer à Bafoussam et au Cameroun
1. Aliments locaux riches en fer : Une solution accessible et économique
Contrairement aux idées reçues, de nombreux aliments locaux sont riches en fer et peuvent être intégrés facilement dans l'alimentation des enfants. Voici une liste d'aliments accessibles à Bafoussam, Douala ou Yaoundé, avec leurs coûts approximatifs :
- Viande rouge et abats :
- Foie de bœuf : 1 500 FCFA/100g (riche en fer héminique, mieux absorbé par l'organisme).
- Rognons ou cœur de bœuf : 1 200 FCFA/100g.
- Poissons et fruits de mer :
- Sardines fraîches : 1 000 FCFA/100g (disponibles sur les marchés comme celui de Deïdo à Douala).
- Huîtres séchées : 2 000 FCFA/100g (riches en fer et en zinc).
- Légumineuses et céréales :
- Haricots rouges : 500 FCFA/kg (à associer avec des aliments riches en vitamine C pour améliorer l'absorption du fer).
- Soja : 600 FCFA/kg (peut être transformé en tofu local ou en lait de soja).
- Millet : 400 FCFA/kg (utilisé pour préparer des bouillies enrichies).
- Légumes-feuilles :
- Folon (feuilles de courge) : 200 FCFA/botte (à cuisiner avec de l'huile de palme pour améliorer l'absorption du fer).
- Ndolè : 300 FCFA/botte (riche en fer et en vitamine C).
- Epinards locaux : 250 FCFA/botte.
- Fruits et noix :
- Noix de cajou : 1 500 FCFA/100g (à consommer en collation).
- Graines de sésame : 800 FCFA/100g (à saupoudrer sur les plats ou à utiliser dans les sauces).
- Mangues et oranges : 200-500 FCFA/unité (riches en vitamine C, qui améliore l'absorption du fer).
2. Recettes locales enrichies en fer pour les enfants
Voici quelques idées de recettes adaptées aux réalités camerounaises, faciles à préparer et riches en fer :
- Bouillie de millet aux arachides et bananes :
- Ingrédients : Millet (400 FCFA/kg), arachides grillées (1 000 FCFA/kg), banane mûre (200 FCFA/unité).
- Préparation : Faire cuire le millet dans de l'eau, ajouter les arachides moulues et la banane écrasée. Servir tiède.
- Avantages : Riche en fer, en protéines et en énergie.
- Sauce folon aux sardines et tomates :
- Ingrédients : Folon (200 FCFA/botte), sardines fraîches (1 000 FCFA/100g), tomates (300 FCFA/kg), oignons (200 FCFA/kg).
- Préparation : Faire revenir les oignons et les tomates, ajouter les sardines émiettées et les feuilles de folon. Servir avec du plantain ou du riz.
- Avantages : Combinaison de fer héminique (sardines) et non héminique (folon), avec de la vitamine C (tomates) pour améliorer l'absorption.
- Beignets de haricots rouges :
- Ingrédients : Haricots rouges (500 FCFA/kg), oignons (200 FCFA/kg), huile de palme (1 500 FCFA/litre).
- Préparation : Écraser les haricots cuits, ajouter les oignons hachés et former des beignets. Frire dans l'huile de palme.
- Avantages : Collation riche en fer et en protéines, idéale pour les enfants.
3. Supplémentation en fer : Quand et comment ?
Dans certains cas, l'alimentation seule ne suffit pas à combler les carences en fer, surtout chez les enfants déjà anémiés. Voici ce qu'il faut savoir :
- Quand recourir à la supplémentation ?
- Si l'enfant présente des signes d'anémie (pâleur, fatigue, retard de croissance).
- Si un test sanguin (hémoglobine) confirme une carence en fer. Un test coûte environ 3 000 à 6 000 FCFA dans les centres de santé publics.
- Pour les femmes enceintes, la supplémentation en fer est recommandée dès le premier trimestre de grossesse pour prévenir l'anémie maternelle et ses complications (accouchement prématuré, faible poids de naissance).
- Quels suppléments utiliser ?
- Le sulfate ferreux est le supplément le plus couramment prescrit. Il est disponible dans les pharmacies à Bafoussam ou Douala pour environ 1 500 à 3 000 FCFA la boîte de 30 comprimés.
- Les sirops de fer sont souvent prescrits pour les jeunes enfants. Un flacon coûte entre 2 000 et 4 000 FCFA.
- Les comprimés de fer + acide folique sont recommandés pour les femmes enceintes. Ils sont souvent distribués gratuitement dans les centres de santé publics.
- Précautions à prendre
- Les suppléments de fer peuvent provoquer des effets secondaires comme des nausées, des constipations ou des douleurs abdominales. Il est conseillé de les prendre pendant les repas.
- Éviter de prendre du fer avec du thé ou du café, car ces boissons réduisent son absorption.
- Conserver les suppléments hors de portée des enfants pour éviter les intoxications accidentelles.
4. Sensibilisation et éducation nutritionnelle : Le rôle des communautés
La lutte contre la carence en fer passe aussi par la sensibilisation des familles. Plusieurs initiatives locales montrent l'efficacité de cette approche :
- Les clubs de mères : Dans les quartiers comme Bépanda à Douala ou les villages autour de Bafoussam, des groupes de mères se réunissent pour échanger sur les bonnes pratiques nutritionnelles. Ces clubs sont souvent soutenus par des ONG comme CARE Cameroun ou Plan International.
- Les jardins scolaires : Certaines écoles à Yaoundé ou Bafoussam ont mis en place des jardins où les enfants apprennent à cultiver des légumes riches en fer (épinards, folon). Ces initiatives sont soutenues par le Programme Alimentaire Mondial (PAM).
- Les émissions radio locales : Des radios communautaires comme Radio Batcham à Bafoussam diffusent des émissions sur la nutrition infantile, avec des conseils pratiques pour les parents.
- Les campagnes de dépistage : Le Ministère de la Santé du Cameroun organise régulièrement des campagnes de dépistage de l'anémie dans les écoles et les centres de santé. En 2022, plus de 50 000 enfants ont été dépistés dans la région de l'Ouest (MINSANTE, 2022).
Impact de la carence en fer sur les femmes enceintes et les adultes
Pourquoi les femmes enceintes sont-elles particulièrement vulnérables ?
Pendant la grossesse, les besoins en fer augmentent considérablement pour soutenir la croissance du fœtus et le développement du placenta. Une carence en fer chez la femme enceinte peut entraîner :
- Anémie maternelle : Elle touche 40% des femmes enceintes au Cameroun (OMS, 2022). L'anémie augmente les risques de fatigue extrême, d'infections et de complications lors de l'accouchement.
- Accouchement prématuré : Les femmes anémiées ont un risque accru d'accoucher avant terme, ce qui expose le nouveau-né à des complications néonatales.
- Faible poids de naissance : Les bébés nés de mères anémiées ont plus de risques de peser moins de 2,5 kg à la naissance, ce qui les rend plus vulnérables aux infections et aux retards de développement.
- Dépression post-partum : L'anémie peut aggraver les symptômes de dépression après l'accouchement.
Quelles solutions pour les femmes enceintes et les adultes ?
Les femmes enceintes et les adultes peuvent aussi souffrir de carence en fer. Voici des solutions adaptées :
- Alimentation riche en fer :
- Privilégier les aliments riches en fer héminique (viande rouge, poisson, volaille).
- Associer les aliments riches en fer avec des sources de vitamine C (agrumes, mangues, tomates) pour améliorer l'absorption.
- Éviter de consommer du thé ou du café pendant les repas, car ils inhibent l'absorption du fer.
- Supplémentation en fer :
- Les femmes enceintes doivent prendre des comprimés de fer + acide folique dès le début de la grossesse. Ces suppléments sont souvent distribués gratuitement dans les centres de santé publics.
- Les adultes présentant une anémie confirmée peuvent se voir prescrire des suppléments de fer par un médecin.
- Dépistage régulier :
- Les femmes enceintes doivent effectuer un test d'hémoglobine au moins une fois par trimestre. Ce test coûte entre 3 000 et 6 000 FCFA dans les centres de santé.
- Les adultes présentant des symptômes d'anémie (fatigue, pâleur, essoufflement) doivent consulter un médecin pour un bilan sanguin.
- Traitement des parasitoses :
- Les infections parasitaires (ankylostomes, bilharziose) sont une cause majeure d'anémie chez les adultes. Un déparasitage régulier (tous les 6 mois) est recommandé, surtout dans les zones rurales.
- Les médicaments antiparasitaires (comme l'albendazole) coûtent environ 500 à 1 000 FCFA par comprimé.
Conclusion : Agir ensemble pour éradiquer la carence en fer
La carence en fer chez les enfants est un problème complexe, mais des solutions locales et accessibles existent. À Bafoussam comme dans le reste du Cameroun, la clé réside dans :
- Une alimentation diversifiée et riche en fer, en exploitant les ressources locales (folon, sardines, haricots, etc.).
- La supplémentation en fer lorsque nécessaire, sous supervision médicale.
- La sensibilisation des familles sur les bonnes pratiques nutritionnelles et l'importance du dépistage précoce.
- Le renforcement des initiatives communautaires (clubs de mères, jardins scolaires, émissions radio).
En agissant ensemble, parents, communautés, professionnels de santé et autorités locales, il est possible de réduire significativement la prévalence de la carence en fer au Cameroun et d'offrir aux enfants un avenir plus sain et plus prometteur.
Pour aller plus loin, consultez les ressources suivantes :


